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 Ce qui s'éternise

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MessageSujet: Ce qui s'éternise   Lun 19 Mai - 17:42

Sécher un cours, c’est mal. Sécher un cours pour aller faire quelque chose d’encore plus soporifique, c’est stupide. Mais elle était bien là, avait payé son droit d’entrée comme les autres pour ce temps de l’insipide, où elle errait depuis deux heures maintenant. Elle avait vaguement grignoté quelque chose à midi (sans pouvoir se souvenir quoi, à dire vrai) et à présent plus rien ne l’empêchait de rester ici indéfiniment. La fermeture ? Un détail. Après avoir jeté un coup d’œil las vers le panneau de présentation des nœuds de marins les plus courants puis avoir traversé la salle des plus grands lieus de pêche au saumon dans le monde, ce furent les aquariums. Elle était passé devant trois fois sans s’arrêter, ailleurs sans doute, ne faisant pas vraiment attention aux gros poissons noirs qui frôlaient les vitres, ni aux petits multicolores protégés par les petits rochers troués. Ce furent ces rochers qui attirèrent son attention en premier lieu et elle se colla presque à la vitre pour les regarder de plus près, sans savoir ce qui l’attirait. Quelques pas, d’un côté puis de l’autre, ses mains collées contre la vitre. Il y avait forcément quelque chose à comprendre, quelque chose qui l’aiderait dans la vision de ces pathétiques cailloux dévorés par le temps, et dont les minuscules trous semblaient des alvéoles par lesquelles ils respiraient. Un gamin la bouscula. Petit con. La promesse silencieuse d’un coup de pied, et il s’en alla dans une grande inspiration bien sonore, comme font les sales gosses.
Elle dirigea de nouveau son regard vers l’aquarium, mais l’impression avait disparut. Ce n’était plus que des êtres noyés sans le savoir, survivant au milieu d’un tas de cailloux ternes, inconscients de tourner en rond, inconscients des limites de leurs cage transparente. Elle s’assit. Doucement, comme si son corps la faisait souffrir. Ce n’était pas le cas, mais il lui semblait être accablée par quelque chose qui ressemblait à de la fatigue. Mais c’était peut-être l’effet hypnotique de la vision de cette poiscaille tournant encore et encore, indolente et tristement calme. Il y avait peut-être un peu de ça. Le gamin revint courir devant elle, sans être remarqué.

Ça marchait, ça murmurait, sa grignotait des chips, ça piétinait devant les cages publiques, ça gloussait par moment, ça se moquait des silencieuses créatures aux yeux de verre, ça poursuivait, ça s’arrêtait, ça reculait pour mieux revenir, ça pensait à autre chose, ça ne contemplait rien, ça lisait, ça expliquait le pourquoi du comment, ça ne voyait toujours rien, ça voulait des couleurs, de l’inconnu, du surprenant, ça voulait du nouveau, ça n’était jamais satisfait, ça s’en allait avec déception… ça ne revenait plus.
Elle avait la sensation d’être une statue au milieu de la cohue, dans l’effervescence d’une ville, coincée dans une foule d’inconnus. Assise au milieu des trois places que comportait le semblant de banc molletonné, elle abandonna un à un chacun des membres de son corps. Ils furent plongés dans une léthargie, pas vraiment désagréable, tandis que toute l’activité de son être se concentrait dans ses yeux. Ils suivaient la nage frénétique d’un poisson qui avait pris peur, se posait avec un autre sur le sable, dansaient calmement dans le sillage d’un plus imposant, qui n’avait peur de rien et se contentait de vivre. Ils n’avaient aucune expression, ils ne ressentaient rien, ils étaient là sans exister. Ils la calmaient. Elle se sentait comme au fond d’une baignoire profonde, discernant à peine l’ampoule du plafond, n’en ayant rien à faire de sa lumière, finissant par fermer les yeux.

Peu à peu, la galerie se vida. Les gosses avaient entraînés derrière eux les parents fatigués, vers d’autres aventures insignifiantes. Le musée n’était pas fermé, mais ce n’était plus une heure que l’ont choisissait pour le visiter. Enfin, petit à petit, parce qu’évidemment il y a cette loi qui veut qu’en ne bougeant pas, on finit seul, tout le monde partit. Seule. Et le silence, loin de l’accabler d’abord, lui offrit une douce accalmie. Son regard repartit vers la nageoire d’un gros poisson, dont l’indolence la faisait sourire, si légèrement pourtant. Ce n’est qu’un long moment plus tard qu’elle regretta les autres sons, les autres présences. Ces carcasses en sursis qui se prélassait dans leur cercueil finirent par la rendre triste. Elle en vint presque à espérer, sans vouloir l’admettre il est vrai, que quelqu’un d’autre veuille visiter le musée à cette heure, et que ses pas le conduisent ici, et qu’elle les reconnaisse, et que malgré l’agacement ressenti alors, ce soit quelqu’un dont le visage lui restitue son calme.
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Dorian Finnigan
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MessageSujet: Re: Ce qui s'éternise   Mar 20 Mai - 19:54

Vendredi, nous étions vendredi, le dernier jour de cette semaine qui avait paradoxalement été aussi longue qu’une journée sans pain, et aussi rapide qu’un battement de cil. Malgré lui, malgré son envie dévorante et omniprésente de bien faire et d’atteindre la perfection en tous points, Johannes s’efforçait désespérément de freiner le temps, d’arrêter les jours qui passaient, de s’accrocher désespérément à la veille et de redouter ses lendemains. Le soir, il s’affairait longuement avant d’aller se coucher, dans son lit, il gardait les yeux ouverts, tentant de repousser le crucial moment où le sommeil viendrait le cueillir, mais malgré tous ses efforts, le temps passait, filait, et il n’y pouvait absolument rien. Que redoutait-il? C’était simple : les vacances. Première fois depuis environ quatre mois qu’il était contraint de retourner chez lui : Harper se débarrassait de tous ses habitants durant le changement d’année, et il n’était en rien l’exception, hélas. Il appréhendait terriblement le samedi matin qui devrait le conduire à la gare, sachant terriblement que le trajet en train serait toujours beaucoup trop court, et les quinze jours beaucoup trop longs. Plus le temps passait, et plus Johannes devenait extrêmement tendu, nerveux, et en ce jour, il semblait qu’il était à l’apogée de l’anxiété, bien qu’il tentait de n’en laisser rien paraître.

C’est pourquoi Johannes décida de quitter le pensionnat. Il était environ midi lorsqu’il en prit la décision, juste avant l’heure du déjeuner. En posant sur son plateau légumes, protéines et féculents, il se surprit à se demander quels seraient les effets d’une après-midi passée en dehors de Harper. Depuis le début de l’année, il ne l’avait jamais ou presque quitté, si l’on omettait le voyage à Liverpool et les promenades sur les terres de l’établissement, puisque, contrairement à d’autres, il n’avait point de famille aux alentours, et il n’était pas non plus amateurs des soirées festoyeuses et surtout clandestines que certains se permettaient le samedi soir. Il n’avait jamais fait l’école buissonnière, et aurait sans doute été le premier à réprimander qui il surprendrait en train de le faire. Mais songeait que les deux heures de littérature qu’il aurait dû avoir l’après midi avaient été annulées en raison de la démission de leur professeur, qu’il avait prévu de passer les deux autres à étudier son indien ancien dans la bibliothèque, et qu’enfin, il n’y avait aucune chance pour qu’il se fasse attraper en train de manquer le club d’échec, puisque, rappelons le, il en avait été expulsé la veille.

A cette pensée, et tandis qu’il mâchait, puis avalait distraitement un morceau de bœuf , il sentit toute son agacement de la veille lui revenir. Ce renvoi avait été le pire affront que l’on aurait pu lui faire, et il comptait bien trouver un moyen de se venger : peut-être n’était-il pas si différent que d’autres, après tout.
A douze heures trente, alors qu’il renversait les restes de son plateau dans le récipient prévu à cet effet, et qu’il quittait la cafétéria sa serviette de cuir à la main, sa décision était prise. Il voulait profiter de cette dernière journée comme il l’entendait.

Aussitôt les murs de Harper dépassés, il s’étonna lui-même de son intrépidité. Il avait été poser sa serviette dans sa chambre, mais n’avait pas poussé l’audace au point de se débarrasser de son uniforme, lequel était de toutes manières caché par son long manteau de laine, duquel ne sortait que l’écharpe aux armoiries de l’établissement, laquelle ne laissait paraître que ses yeux et sa couronne de cheveux auburn, car il faisait diablement froid. Les mains dans les poches, il commença sa marche à travers la campagne, ses souliers vernis crissant étrangement sur les graviers, et se perdit dans ses pensées, qu’il tenta de trier :
- Il avait été renvoyé du club d’échec. Horreur et damnation : sous prétexte que sa sotte présidente n’avait pas voulu avouer son médiocre niveau devant public.
- Les derniers jours avaient été abominablement courts, et les cours abominablement soporifiques. Johannes avait eu l’impression d’être un de ces élèves qui ne comprend rien à la leçon donnée, et qui se contente de hocher la tête : décidemment, il n’était pas fait pour les activités ludiques.
- Il n’avait absolument aucune envie de rentrer chez lui. Si il avait « fuit » Harper, c’était en partie pour trouver dans son expédition un moyen d’oublier le jour fatal. La question était alors « comment allait-il faire cela, dans une ridicule petite bourgade? » Il ne le savait pas encore. Peut-être visiter les monuments locaux : il avait toujours un petit carnet dans la poche intérieure de sa veste, et pourrait prendre des notes.
- Il n’avait presque pas revu Cicely depuis leur retour de Liverpool. Il avait essayé de ne pas y penser (chose impossible, bien entendu), mais avait entretenu le faible espoir qu’il lui manquerait au moins un peu. Johannes n’avait pas non plus cherché à lui parler, ni même à la croiser.
Après une très longue réflexion lors du trajet retour, il s’était dit qu’il lui faudrait sans doute prendre un peu ses distances. Elle lui avait à de nombreuses reprises rappelé à quel point il pouvait se montrer agaçant, et il avait résolu que faire comme Elle le souhaitait était peut-être le meilleur moyen d’obtenir un peu de son affection. Après tout, maintenant qu’elle était consciente de l’amour de Johannes pour elle, il ne restait sans doute qu’à attendre une réaction, même si cela le mortifiait.
Il poussa un soupir et son pied butta contre quelque chose, un trottoir : il était donc arrivé.

Aussitôt, il se dit qu’il ferait sans doute mieux de faire demi-tour. Holyhead était vraiment ridicule. Des rues pavées à l’ancienne, des passants à l’air… rural, des panneaux décrépis et des maisons qui l’étaient tout autant. Le port et l’air marin qui le prit dans la gorge. Il se mit à marcher, le nez en l’air, passa devant un pub, aperçu un panneau « centre ville » et le suivit parce qu’il n’avait rien d’autre à faire.
En chemin, car visiblement ce village n’était pas aussi petit qu’il en avait l’air (ou paraissait immense à Johannes, en l’absence de passants chassés par le froid), le jeune Lord vit son attention captée par un immense affichage : le « Coast Muséum » se dressait devant lui. Un musée de la mer. Oh, mais Johannes n’avait-il pas toujours eu une envie folle de devenir marin?
Pas vraiment. Mais le monde marin était chose intéressante, et surtout étonnamment calme. Conquit, et voulant se réchauffer un peu, il pénétra dans l’enceinte, s’acquitta du prix de l’entrée et entreprit sa visite. Son écharpe vint prendre place dans sa main, et il se mit à observer le monde marin qui paraissait si paisible ou presque.

« Pourquoi le gros poisson il vient de manger le petit maman? » s’égosilla un jeune bambin au bord des larmes devant le spectacle.
« Il ne l’a pas mangé… » répondit la mère, sur un ton embarrassé « il l’a juste caché dans son ventre pour qu’il ne prenne pas froid ».
« Si je puis me permettre, Madame… » Intervint alors Andersen en se lançant dans l’explication un-peu-crue-il-est-vrai du principe de la chaîne alimentaire, ce qui eut pour résultat de déclancher une crise d’hystérie chez l’enfant et valut à Johannes un sermon interminable dans lequel il cru entendre parmi les cris les mots « innocence à un enfant», « voyou » et « n’avez-vous pas honte? » après lesquels il préféra prendre la poudre d’escampette. Cela n’était pas de sa faute si cette femme bâtissait l’éducation de son enfant sur des mensonges, n’est-ce pas?

Il poursuit sa visite, et, alors, son cœur s’emballa comme le début du premier mouvement de la symphonie numéro 25 de Mozart. Cicely. Assise en face d’un des aquariums, la jeune femme paraissait perdue dans ses pensées. Il fit demi-tour, songeant soudain qu’il avait été victime d’une hallucination : n’était-ce pas chose des plus improbables qu’ils se retrouvent tous deux dans le même endroit, et ce, à des kilomètres de Harper?

Il revint sur ses pas, et s’approcha de la jeune femme qui ne paraissait pas l‘avoir remarqué, et lui dit alors :

« Excusez moi, mademoiselle, mais vous ressemblez comme deux gouttes d’eau à une personne de ma connaissance… »

Il était tout de même intrigué : que faisait Cicely dans un endroit aussi… Aquatique que celui-ci? Elle ne paraissait pas particulièrement intéressée par ce genre du chose pourtant… Mais après tout il la connaissait si peu. Dans son regard brillait une lueur beaucoup plus vive que durant toute la semaine passée, mais il retint toute réaction énamourée, redoutant déjà la réaction de celle qui habitait son cœur.

Elle ne s’attendait sûrement pas à être dérangée, et encore moins par un élève d’Harper, si?

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MessageSujet: Re: Ce qui s'éternise   Mar 20 Mai - 23:25

[c’est magnifiquement pourri… pardon -_-]

Son pied droit, se réveillant comme en sursaut, s’agita de légers tremblements. Nerveuse. Le silence ne la dérangeait jamais, mais cette fois il l’oppressait. Toute la vie de cette galerie contenue derrière ces écailles luisantes. C’est elle qui se sentait vide, gelée de l’intérieur, en train de se noyer, gonflant ses poumons d’eau glaciale à rythme régulier. Elle sursauta presque lorsqu’une voix s’éleva avec douceur, proche. Elle ne l’avait pas entendu. Obsédée par son désir de voir arriver quelqu’un, elle l’aurait laissé passé sans le voir. Il lui fallut une minuscule seconde de plus ; comprendre pourquoi ce visage lui semblait familier. Elle arqua un sourcil, peut-être amusé, peut-être plus froid, mais ne dit rien. Le visage de Johannes passa par plusieurs expressions, tandis qu’il devait se rendre compte que, plus que le sosie d’une connaissance, elle était bien la connaissance en question. Alors, lentement, comme si ce geste s’accomplissait au mépris de muscles douloureux, elle enleva sa main du banc et se décala légèrement, lui faisant signe qu’il pouvait s’asseoir s’il en avait envie. Ça ne ressemblait en rien à un ordre, contrairement à tout ce qu’elle avait pu faire à l’encontre de l’adolescent depuis qu’ils se connaissaient.
Elle détourna les yeux vers l’aquarium, remarquant seulement alors toutes les traces de doigts qui parsemaient la vitre, la plupart à hauteur d’enfants. Le silence ne la gênait plus, plus maintenant qu’il pouvait être brisé si facilement. Il s’était assis, sans ce baragouinage habituel qu’il ne pouvait s’empêcher de bredouiller chaque fois en sa présence. Par fatigue, instinct, besoin humain, elle pencha la tête vers lui et la laissa reposer sur son épaule, les yeux toujours rivés vers l’aquarium, avec une douceur toute particulière. Il portait toujours son uniforme, elle en sentait le tissu rugueux contre sa tempe. Il n’y avait que lui pour parvenir à faire le mur de son école… en gardant son uniforme comme s’il n’avait rien à se reprocher.

Elle s’interdit de penser, d’imaginer, de se projeter ailleurs que dans cette galerie déserte. Sans doute, en d’autres lieux, se serait-elle relevé enfin, après de longues minutes de faiblesse relative, pour tapoter la joue du pauvre Johannes avec un « tu es gentil » plus ou moins méprisant, avant de s’en aller. Sans doute, en d’autres temps, aurait-elle été encore plus cassante que cela, et surtout se serait enquérit dès le début de savoir si oui ou non l’adolescent avait parlé à Eliott. Elle ne fit rien de tout ça, ne dit rien. Sa main s’extirpa cependant du pli de ses vêtements lourds, et se glissa jusqu’à l’écharpe que tenait toujours Johannes. Elle s’en saisit du bout des doigts, puis ne rencontrant aucune résistance, la prit tout à fait. La laine glissa jusqu’à elle, docile. Elle se redressa, passa le vêtement autour de son cou, cachant le bas de son visage, inspirant discrètement l’odeur imprégnée qu’elle commençait à connaître, et finalement se releva.
Que quelqu’un fasse quelque chose, elle était possédée. On lui avait fait un lavage de cerveau dans le courant de la journée, elle n’était plus Cicely mais sa sœur jumelle angélique… son attitude toute entière devenaient paranormale ; fort heureusement personne n’assistait à ce moment de folie pure. Excepté Johannes, qui pour le coup ne devait pas savoir si oui ou non c’était bien Cicely qui venait de le prendre par la manche, de ses longs doigts osseux, et de lui adresser un vrai sourire. Presque timide. Un joli petit sourire qui dévoilait le bas de ses dents, et non plus seulement ses canines acérées ; un joli sourire de petite fille que personne n’avait vu. Savoir s’il était réellement pour Johannes est une autre histoire. Peut-être était-ce seulement qu’il était arrivé à cet instant précis, et que n’importe qui d’autre aurait fait l’affaire, ou peut-être que c’était lui seul qu’elle avait voulu voir. Impossible à dire. Mais ce sourire était bien là, et aussi sûrement que la légère tension qu’elle exerça sur son bras, l’invitait à se lever et la suivre.

Elle le lâcha et commença à s’éloigner, enfonçant ses mains la lourde écharpe qui protégeait son cou pour la presser contre son visage, ses lèvres et son nez. Ses yeux passèrent vaguement sur le spectacle des derniers poissons endormis de la galerie, gris, et enfin elle disparut dans une autre pièce.
On avait disposé ici des vitrines le long des murs, et selon une ligne centrale. Il y avait des longues-vues anciennes, des livres de bords, des cordages, et même quelques vieilles photos de marins à la peau maltraitée par l’océan. Elle s’appuya sur certaines d’entres elles pour y regarder de plus près, en ignora d’autres, flânant pour ainsi dire entre les vitrines sans vraiment y voir grand-chose, parce qu’elle pensait à autre chose. La pièce d’après était la reconstitution d’une excursion en mer. Des projecteurs accrochés au plafond faisaient apparaître simultanément, sur les quatre murs, les images d’une plongée en eau peu profonde, qui tournaient en boucle.
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Dorian Finnigan
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MessageSujet: Re: Ce qui s'éternise   Mer 21 Mai - 4:46

Cicely était bien là, dans un aquarium loin de leur établissement scolaire, elle était là, adorable et toujours aussi merveilleuse qu’à l’accoutumée et Johannes se demanda ce qu’elle pouvait bien faire ici. Pourquoi la Destinée avait-elle placée Cicely sur son chemin, dans l’un des lieux où il était le plus improbable pour lui de la croiser? Pourquoi n’était-elle pas à Harper? La jeune femme était supposée avoir un cour de biologie à cette heure, si sa mémoire était bonne (et elle l’était toujours) et pourtant, cela n’était nullement le cas, puisqu’elle se trouvait ici.
Elle leva la tête, et lui fit signe de prendre place à ses cotés, et Johannes, la main crispée sur son écharpe, obtempéra. Il était assis à coté de Cicely Jeckyll, et au-delà du bonheur que cette position lui procurait, il se dit qu’il n’y avait qu’une celle explication : voir Cicely la veille de leur départ à tous était une raison de plus pour redouter avec raison les jours à venir. Quoi qu’il puisse arriver par la suite, il était conscient que rien ne pouvait être plus parfait que ce moment. Il ne savait pas quoi faire et ne voulait rien faire de crainte de briser cet instant, une partie de lui-même s’étonnant déjà de la réaction plutôt sereine de la jeune femme, qui n’avait pas prononcé un mot depuis son arrivée.
Il songea même, durant quelques secondes, qu’elle l’attendait, peut-être. Même si cette idée était en soit absurde, il fallait avouer qu’elle lui plaisait tout particulièrement, et, parce qu’il s’agissait de sa journée, celle ou il pouvait se permettre de faire des choses aussi improbables venant de lui, comme s’échapper du pensionnat, il s’autorisa à y croire, un peu comme lorsqu’on lisait un roman dans lequel se trouvaient des créatures féeriques, et que l’on finissait par douter qu’elles ne fussent réelles.

Elle finit par poser la tête sur son épaule, doucement, rappelant à Johannes la première fois qu’elle avait fait ce geste inconsciemment, dans le bus. Il regardait devant lui, profitant comme toujours de chaque seconde de Cicely qu’on lui permettait d’obtenir, les yeux fixés sur l’aquarium qui leur faisait face, non pas sur les animaux qui y nageaient, inconscient de la scène qui se jouait devant eux, mais sur leur reflet dans cette vitre. Il aurait voulu dire de nombreuses choses, mais se retint. Lorsqu’on y pensait, il était vrai que Johannes était un bavard. C’était merveilleux de voir Cicely appuyée sur lui. Il la laissa prendre son écharpe, profitant du léger frôlement de sa petite main dans la sienne : elle pouvait lui prendre ce qu’elle voulait de toutes manières, il était comme tout amoureux transi, un geste d’elle suffisait à le combler, malgré tous ses efforts pour se modérer, il ne parvenait pas à cesser de la couver des yeux, tendis que, relevant la tête et rompant ainsi le contact, elle passait autour de son cou si fin, si parfait, quelque chose qui lui appartenait, à lui.

Pourquoi tout ce qu’il pouvait faire avec Cicely paraissait si étrange? Il ne parvenait jamais à être lui-même, lorsqu’elle était à coté. Pouvait-elle être aussi odieuse qu’un démon qu’il ne réagissait pas plus violemment que maintenant ; la contempler et acquiescer à tout ce qu’elle pouvait bien faire. Elle était comme une poupée très fragile : il ne pouvait rien faire sans craindre d’exciter sa colère, mais elle était si divine lors de ces rares moment où elle n’était qu’à lui et rien qu’à lui.

Et elle se leva : enfin arrivait le moment où viendraient les reproches. Il l’attendait, ce moment, presque instinctivement, victime du conditionnement découvert par Pavlov, stimulus, réponse : une caresse, une rebuffade mille fois plus violente. Son regard bleu se posa sur elle, comme un garçon qui attendait, soumis, la colère de ses parents sans pour autant savoir ce qu’il avait à se reprocher, mais rien ne vint, rien d’autre qu’un sourire qui fit encore fondre son cœur, si cela était possible, et qui, en tous cas, l’acheva complètement.

Cicely tirait sur sa manche et lui souriait, lui indiquant muettement son vœu de changer de salle, et il n’était capable de rien d’autre que de la regarder, incapable d’esquisser le moindre mouvement tant cette scène, cette journée, même, tenait du rêve et de l’impossible. Lorsqu’elle s’éloigna, il fini tout de même par bondir, par peur de s’éloigner de cette divine Cicely, n’osant même pas espérer un changement total de son caractère, parce qu’il sentait bien que c’était impossible.

Il n’avait de toutes manières pas d’autres choix que celui de se laisser faire, s’inquiétant aussi un peu, peut-être. Si elle n’agissait pas comme à l’accoutumée, peut-être était-ce que quelque chose n’allait pas? Il la suivait, quelques pas derrière sa frêle silhouette, ne jetant pas un seul regard sur le musée, qu’il avait presque oublié. Il était un peu comme un marin suivant une sirène, conscient du danger mais envoûté tout de même.
Des centaines de questions se bousculaient dans sa tête, prête à franchir le seuil de sa bouche mais freinée par cette peur de tout gâcher. Que faisait-elle ici? Pourquoi était-elle seule? Pourquoi était-elle ainsi? Voulait-elle savoir pourquoi, lui était dehors? Qu’avait-elle fait durant toute cette semaine, et pourquoi ne s’étaient-ils pas croisés une seule fois?
Tant de choses à dire et à raconter, le cœur serré à l’idée qu’il n’allait pas la revoir avant une quinzaine sans fin, et était-elle vraiment à lui pour cette journée?

Il prit une grande inspiration, franchi les quelques pas qui le séparaient d’elle, et lui attrapa la main, le souffle coupé, attendant qu’elle le repousse. Le premier geste physique qu’il n’avait jamais fait en direction de Cicely. Les choses n’avaient pas le droit d’être parfaite, cela devrait être interdit.

Mais peut-être avait-il eu envie de lui transmettre autre chose que des paroles, il tenait sa main dans la sienne comme pour dire « Je suis là », car elle avait l’air si différente qu’elle en paraissait triste.

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MessageSujet: Re: Ce qui s'éternise   Sam 24 Mai - 19:12

Portée par quelques « et si » bien étranges, elle franchit une pièce puis deux. Par moment, elle entendait les pas mesurés de Johannes, mais ils disparaissaient par moment. Il avait peut-être décidé de s’en aller, après tout. (sans avoir récupéré son écharpe ?) Au moment où elle comptait tourner les talons pour revenir en arrière, quelque chose prit sa main. Un geste plein d’hésitation, un peu fébrile, un peu sincère aussi. Surprise, elle le laissa faire. Ce genre de démonstration d’affection là, dont elle n’était pas la source mais l’objet, ce genre d’affection là sur laquelle aucun contrôle n’était possible, la révulsait. Depuis longtemps déjà. Le moindre signe un peu tendre dans sa direction se soldait toujours par une réponse des plus cassantes, et de nombreuses fois elle s’était demandé ce qui la poussait à une telle allergie. Et voilà que le petit Andersen se permettait cette fantaisie, dans un moment déjà décalé il est vrai. Il se permettait ça avec son hésitation habituelle, toujours un peu raide, toujours soucieux d’un protocole dont il était bien le seul à connaître les règles. Elle laissa sa main inerte dans celle de l’adolescent, quelques longues secondes de dilemme intérieur. Pas de réflexe, pas de spasme pour le repousser. Il avait franchit une limite sans même s’en être rendu compte, et celle-ci finit par s’effacer tout à fait. Ses doigts se contractèrent une première fois, puis tout à fait, et enfin elle se laissa aller à un petit geste du commun des mortels, à un petit moment galvaudé au point d’en être agaçant.
Et tout ça, dans un silence de délicate innocence.
Ils arrivèrent bientôt dans une autre galerie d’aquariums, probablement parallèle à la première puisqu’elle reconnaissait certain détails, mais vus sous un angle nouveau. Un gardien passa dans le sens inverse et disparut, ils se retrouvèrent presque aussitôt seuls. Avec une cinquantaine de poissons. Inutile de dire qu’il ne fallait pas compter sur ces derniers pour entamer la conversation, si tant est qu’elle devait l’être. D’ailleurs, le mieux aurait peut-être été qu’elle ne commença jamais. Vous vous en doutez, c’est Cicely qui, la première, introduit les hostilités. Elle avait décidé, au rythme de la dernière dizaine de leurs pas conjugués, d’être honnête. Pour une fois, parfaitement honnête. Pas de cette sincérité tendre et mielleuse, trop hyperbolique pour conserver son essence, qu’utilisent les petits amoureux, mais de celle cassante et sèche de la réalité.

_ Le pire là-dedans, c’est que tu sais que je ne t’aimerai jamais.

Elle ne leva même pas les yeux lui, et se contenta de poser ses longs doigts sur la vitre de droite, de sa main libre, qui y glissèrent alors en silence.

_ Il est possible qu’avec le temps je puisse te… respecter. Peut-être même t’apprécier… accepter ta présence. Mais il est tout aussi probable que, d’ici là, je me sois lassée de jouer avec toi et t’ais fais du mal. Ou bien ce sera toi qui te seras lassé, qui sait.

Le problème, avec Cicely, c’est que lorsqu’elle commençait l’énumération de choses désagréables, avec ce filet de voix ténu qui la caractérisait, elle ne faisait pas les choses à moitié. Dans son visage, sa voix ou son attitude, rien n’exprimait la moindre colère, la moindre envie de faire le mal. Elle voulais simplement être honnête… fidèle à son caractère, elle ne pouvait cependant pas le faire avec tact, et les mensonges par souci de délicatesse n’étaient pas non plus son fort.

_ Tu es quelqu’un d’intelligent. Je suis persuadée que malgré tout ce que tu as pu me dire, ou penser dire, quelque part tu savais que ça ne marcherait pas. …Tu ne me connais pas, si c’était le cas tu ne m’aimerais pas. Je ne t’en veux pas ceci dit, c’est agréable de savoir qu’on est aimé, mais il faut être réaliste. La vérité c’est que je te rendrais vraiment malheureux. Ou bien c’est le décalage entre la fille que tu as imaginé et ce que je suis qui te rendrait malheureux. Dans tous les cas, ce n’est pas le genre de relation qui nous serait profitable, au contraire. … oh, ce poisson là est mort.

Vous avez remarqué qu’on ne voit jamais les poissons morts dans les aquariums ? Ils sont aussitôt enlevés, au moindre signe de fatigue. Le spectacle de la mort a beau être distrayant, il n’est pas très esthétique. Cette créature agonisante-ci avait été laissée, mais la lumière dans l’aquarium changea et une épuisette ne tarda pas à recueillir le mince cadavre. Elle observa la scène quelques secondes, le visage penché sur le côté, comme ailleurs. Quelques battements de cils plus tard, elle était de retour sur la terre ferme, et son expression était d’une absolue sérénité, en totale opposition avec la dureté de son discours, à dire vrai.

_ C’est idiot de se laisser emporter par ses émotions. Oui, tout ce que tu as pu dire ne résiste pas à une analyse, même superficielle. Réfléchis.

Elle hésita à ajouter quelque chose, puis finalement se tut.
Silence.
Il lui était impossible de voir l’expression de Johannes, étant donné qu’elle avait résolument tourné la tête de l’autre côté. Après quelques secondes cependant, elle recommença à marcher lentement, parce qu’ils s’étaient arrêtés. C’était en somme un discours bien raisonnable qu’elle avait tenu là, et il avait été prononcé avec toute la douceur et le calme du monde, si bien que cela accentuait la fermeté. Inutile d’être un génie pour comprendre qu’elle ne reviendrait pas sur ses positions, et qu’il ferait mieux de prendre la chose avec autre de recul. Une scène tout en simplicité, finalement. Peut-être un peu trop simple.
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Dorian Finnigan
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MessageSujet: Re: Ce qui s'éternise   Mar 27 Mai - 19:47

Le souffle coupé dans l’attente du rejet qui saurait tarder, Johannes avait la main de Cicely dans la sienne, sa main si douce, si fine au poignet si frêle qu’il semblait au jeune homme qu’un geste un peu brusque serait suffisant pour qu’il ne le brise. Il lui tenait la main, mais avec le soin que l’on prenait lorsqu’on avait en sa possession le plus fragile des objets : d’une manière ferme qui montrait qu’il avait nullement envie de la voir lui échapper, mais paradoxalement, mesurait la pression qu’il y mettait. Ni trop, ni trop peu. Et ils se remirent à avancer, comme si la visite de ce musée avait à présent une quelconque importance pour Johannes qui regardait devant lui, le visage impassible, sans ne rien voir pourtant, toute son attention était concentrée sur la main de la jeune fille dans la sienne. Il ne s’entendait même plus penser tant les battements de son cœur étaient forts, étonné par son audace. Il voulu dire quelque chose mais se trouvait ridiculement inintéressant, et si par hasard la plus belle équation du monde était venue à apparaître sous ses yeux, il ne l’aurait seulement pas regardée. Imaginez alors un peu son indifférence lorsqu’ils s’arrêtèrent devant cet aquarium. Tout ce qu’il y voyait, c’étaient leurs reflets. Ils avaient presque l’air d’un couple.

Et alors, Cicely prit la parole et Johannes se remit à respirer, durant quelques secondes, comme soulagé. Oui, vous avez bien lu, soulagé : Cicely n’avait rien de grave. Son mutisme et son air triste étaient sans doute dû à un accès de mélancolie. Peut-être regrettait-elle aussi d’avoir fait l’école buissonnière? Face à son reflet dans la vitre, il eut un léger sourire, malgré les mots qui arrivaient très lentement à son esprit. Un sourire rassuré qui disparu lentement au fur et à mesure qu’il intégrait ces paroles.

Oui, mais moi je t’aime’ aurait-il voulu répondre. Il ne savait pas comment lui faire comprendre qu’il pouvait l’aimer pour deux. L’idée étrange qu’il pourrait vivre son amour à sens unique lui trottait dans l’esprit depuis quelque temps. Celle de parvenir à obtenir quelque chose de Cicely au final, aussi. Elle avait son écharpe autour de son cou et sa main dans la sienne, n’était-ce pas ce que l’on pouvait considérer comme une petite victoire? Se leurrer, encore et toujours, peut-être, mais n’était-ce pas mieux que reconnaître l’échec et de renoncer? Le problème était le suivant : Johannes était borné. Mais il avait beau faire des efforts, à chaque pas de gagné, ils devaient en reculer d’une dizaine, tant elle s’obstinait elle aussi à le repousser.

Si la vie avait été simple, Johannes serait simplement tombé amoureux de Liliany qui elle, ne manquait pas de lui témoigner les marques d’attention qu’il mendiait presque auprès de Cicely. Mais cette pensée ne lui était même pas venue à l’esprit, et, au moment où je vous parle, il avait baissé la tête et avait son regard bleu rivé sur un poisson qui l’était tout autant, et qui s’amusait à passer devant comme si il se riait de son expression désemparée.
Il avait toujours la main de la brunette emprisonnée dans la sienne, et n’y songeait même plus. En réalité, il ne savait pas quoi répondre : il avait tout essayé, mais Cicely s’obstinait tout simplement à refuser de reconnaître l’évidence.

Jamais il ne se laisserait-elle. Comment être fatigué de quelqu’un qui était aussi compliquée et attirante qu’une équation au dixième degré? Vous voyez : impossible. Ne comprenait-elle pas que tout le mal qu’elle pouvait faire à Johannes, c’était sans cesse de le repousser? Il attendit qu’elle termine, chacun de ses mots lui faisant l’effet d’un coup de couteau, on ne pouvait guère dire à cette seconde qu’il respirait la santé. Au contraire, son visage était devenu d’une pâleur effarante, comme si il était réellement en train de se vider de son sang : veuillez excuser cette image, mais à cette seconde précise, même les grenouilles du laboratoire de biologie qui flottaient dans leur bocal formolé avaient l’air plus vivantes que lui.

Hum.

Lentement, la main qui s’agrippait à celle de la jeune femme avec autant d’obstination que si sa vie avait été en danger, lâcha son emprise. Impossible de dire si Johannes en avait été conscient de son geste (que tout psychologue aurait qualifié de « symbolique ») le jeune homme avait la tête baissée, comme à chaque fois qu’il était confus, et le visage caché par ses cheveux qui sans doute préféraient épargner à Johannes, par pudeur d’exposer son visage défait aux personnes éventuellement témoin de cette scène, et surtout à Cicely.

Johannes restait donc interdit. Il allait la laisser partir, et entendait ses pas s’éloigner, lentement. Il ne savait pas comment réagir, et avait des centaines de questions qui se bousculaient dans son esprit, des centaines de contre arguments à ses paroles, qui avaient été prononcées sur un ton si froid qu’elles avaient glacées tout ce qui aurait pu dépasser la barrière de ses lèvres, afin de prouver encore et toujours à quel point elle comptait pour lui. Il allait abandonner : visiblement beaucoup moins doué en matière de séduction qu’en sciences, il ne savait plus comment parvenir à attendre le cœur de la jeune femme.
Et il se souvint qu’ils n’étaient pas à Harper. Qu’il s’agissait de la dernière fois qu’il la voyait de l’année 2007, puisque ensuite, ils étaient en congés.
Et là, Johannes se sentit plus déprimé qu’il ne l’avait été depuis longtemps : il ne pouvait décidément pas laisser les choses aller de mal en pis, sans rien faire pour les arrêter. Il tourna la tête : Elle avait déjà disparu, sans doute dans la salle adjacente. Il repoussa ses cheveux en arrière d'une main nerveuse, inspira et se recomposa un visage inexpressif.
Puis, il la rejoint :

« Passons l’après-midi ensemble, veux-tu? Quittons cet endroit »

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MessageSujet: Re: Ce qui s'éternise   Ven 30 Mai - 22:31

Elle avait eut tort. C’est vrai, elle était parvenue à égratigner la détermination de Johannes, mais qu’avait-elle abîmé d’autre à ce prix ? Elle le voyait, dans le reflet de la vitre, le visage baissé, silencieux, accusant les coups de ses mots sans broncher, et il la fascina. Cette retenue qu’il conservait envers et contre tout, à laquelle il s’accrochait férocement, était, pour elle, admirable. Il avait sans doute gagné son respect plus vite qu’elle ne l’aurait cru. Il parvenait presque à l’émouvoir, simplement en étant aussi vulnérable et candide qu’il l’avait toujours été. Il parvenait presque à lui donner l’envie d’adoucir ses paroles. Mais, s’il y avait bien une chose qu’ils garderaient en commun, c’était leur détermination. Elle alla au bout de pensée, et il la libéra. Le visage défait, il avait l’air aux prises avec les démons les plus sombres qui soient, mais toujours avec cette allure inébranlable de celui qui aurait accusé les coups violents, ne s’en était jamais vraiment remis, et restait fier pourtant. Elle tourna les talons, préférant occulter l’image d’un Johannes au mieux de son potentiel dramatique, préférant faire taire son propre potentiel théâtral.
Ils étaient pathétiques, tous les deux. A vouloir tout avoir, ils s’étaient fais du mal mutuellement, ce dans l’indifférence du reste du monde (c’est toujours le cas des grandes tragédies). Mais ça n’aurait pas dû se passer comme ça. Johannes aurait dû se contenter d’être un peu naïf, trop collant, désespérément ennuyeux, mais jamais aussi humain. Cicely se serait contentée de s’amuser avec lui, et Eliott se serait amusé de voir son compagnon de chambre souffrir sous les griffes de sa tendre sœur. La situation avait pris une direction beaucoup plus désagréable. D’ailleurs, quelque part, elle ne pouvait que rendre Johannes coupable de sa dispute avec son frère. C’était lui qui était tombé amoureux, n’est-ce pas ? Lui avait amplifié les choses jusqu’à faire de leur rencontre un coup de foudre, un moment à l’intensité romantique jusque là inégalée (avait-il oublié de quelle manière ils avaient joyeusement pataugé dans la boue pendant des heures ?). C’était entièrement de sa faute. Même si, de son côté, Cicely n’avait pas tout dit. Et puis au fond, quelle importance. Elle ferait tout pour connaître les griefs d’Eliott contre elle et tenter de s’en défendre, mais au fond ça ne concernait plus Johannes. Il se porterait bien mieux sans être au centre des complots Jeckyll.

Elle fit quelques pas en arrière, hésitant peut-être un peu, puis finalement s’en alla. Dans l’autre pièce, elle s’arrêta et jeta un vague regard en arrière. Mais bien sûr qu’il ne la suivrait pas. Qui voudrait être avec l’auteur d’un monologue pareil, hein ? Personne ne serait assez masochiste pour ça. Sauf Johannes. Evidemment. Il l’avait suivit, aussi discret qu’à son habitude. Elle acquiesça lorsqu’il lui proposa qu’ils passent la journée ensembles, lentement, les yeux rivés sur lui avec une intensité sans doute dérangeante. Il composait avec sa souffrance avec tellement de facilité. Peut-être était-il naïf, maladroit sur les bords, mais il y avait là-dedans une force de caractère qu’elle remarquait pour la toute première fois.

Ils sortirent du musée, et l’air glacial de l’extérieur gifla leur visage et tout centimètre carré de peau découverte avec violence. Le vent se calma après quelques minutes, tandis qu’ils marchaient dans le village. Prise d’une crise d’empathie inhabituelle, elle avait remise l’écharpe en laine autour du cou de son propriétaire, qui assurément en avait plus besoin. Elle avait l’habitude d’avoir froid. Tandis que le port se dessinait devant eux, pâle, gris, désert, morbide en somme, ils laissèrent un silence calme s’installer. Cicely avait peut-être usé de tout son quota de paroles pour aujourd’hui, et semblait plus avoir la force de rien d’autre que mettre un pied devant l’autre. Jusqu’à…

_ Est-ce que tu as... reparlé à Eliott ?

Ou plutôt, telles qu’il fallait saisir les autres questions implicites : A-t-il agit avec toi comme un parfait idiot rancunier ? Est-ce qu’il t’a dit pourquoi il a été si en colère ? Pourquoi il m’en veut ? Est-ce que toi tu en aurais une vague idée ?
Elle avait toujours eut la fâcheuse tendance de considérer l’implicite d’une conversation comme l’évidence même. Elle resserra les pans de son manteau, un peu léger, autour de son buste, couvrant un peu mieux son cou.
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MessageSujet: Re: Ce qui s'éternise   Dim 1 Juin - 3:51

Il devait être quinze heures et Johannes était toujours d’humeur aussi morose. Le temps était gris, l’atmosphère sinistre, les rues de Holyhead aussi désertes que si un ouragan était passé quelques heures plus tôt, et avait éliminé toute trace d’humanité, ne laissant que des allées vides et des volets fermés. Les boutiques vendant des souvenirs ridicules tels que des tableaux sur lesquels étaient collés des nœuds de marins et des petites ancres en porte-clé étaient à l’image du reste; dénuées pour la plupart de passants, si bien que le jeune homme en venait à se demander si ils n’étaient pas soudain seuls au monde.
Ils étaient à dix-sept heures du départ qui avait lieu le lendemain, et Andersen ne parvenait pas à retrouver l’état d’esprit qui l’avait habité dix minutes plus tôt. L’état d’esprit dans lequel il se trouvait à chaque fois qu’il était avec Cicely, peut-être parce qu’il se rendait compte qu’elle ne l’aimait toujours pas, et qu’il n’osait pas s’imaginer l’idée qu’elle puisse ne l’aimer jamais.
Alors qu’ils quittaient le musée, le jeune homme avait ses mains de pianiste crispées dans la poche de son manteau, et n’avait cessé de regarder devant lui. Il se retenait pour ne pas jeter des regards furtifs à la jeune femme à coté de lui dont il sentait la présence mais qu’il ne savait plus comment apprivoiser. Il ne savait même pas si il pouvait simplement se réjouir du fait qu’elle ait accepté de rester avec lui au lieu de fuir, et si il devait se blâmer de sa concupiscence envers Cicely qui sans doute le détestait, puisqu’il était de ceux qui n’avaient de remarquable que leur manque d’intérêt. Elle était au dessus de tous ces clichés sociaux qui voulaient que l’on trouve une personne à son goût parce qu’elle était douée dans tel ou tel domaine et Johannes avait beau être l’élève aux résultats les plus élevés de Harper, il n’en était pas pour autant insignifiant aux yeux de la jeune Jeckyll qui voyait au-delà de tout cela; Elle lui avait répété maintes fois qu’il l’agaçait, et pourtant, il n’avait jamais fait aucun effort, et était donc le seul à blâmer dans cette situation.

Ils s’arrêtèrent un instant, durant lequel la jeune femme lui rendit son écharpe, la lui passant autour du coup, lentement, moment durant lequel il osa à peine respirer, les yeux posés sur le visage si délicieux de la jeune femme. Décidemment, ses réactions à celles de Cicely étaient de plus en plus étranges. Rassurez vous (si vous voyez en cela quelque chose de rassurant), Johannes n’avait jamais été aussi torturé auparavant. Sa pire obsession avant de rencontrer la jeune femme, était de savoir si oui ou non Pythagore était un imposteur (sujet qui l’avait travaillé des semaines). D’accord, lorsqu’il apprenait le piano, il avait eu un comportement tout aussi excessif, mais c’était pour la seule et unique raison qu’il avait découvert qu’en y restant toute la journée (et aussi une partie de la nuit), il parvenait à agacer plus que de coutume les membres de sa ‘famille’, ce qu’il n’avait bien évidemment pas laissé passer. Son plaisir majeur avait été alors de se lever en pleine nuit et de jouer du Beethoven, sa tante ne pouvant rien dire à cela parce que ça aurait été contre ses principes : le travail et l’entraiment avant tout.
Pour le moment, ils s’étaient remis à marcher, en silence, et Johannes, plongé dans ses pensées égoïste, ne s’était pas rendu compte que Cicely devait avoir froid. Peut-être aussi parce qu’il faisait tout son possible pour éviter de la regarder… A quoi bon alors lui demander de rester? Profiter de sa présence silencieuse, sans doute, puisqu’il avait la terrible impression d’être dans une impasse.

A nouveau, la voix de la brunette s’éleva, et Johannes réfléchi un instant avant de donner sa réponse. Si il avait reparlé à Eliott? Bien entendu : ils partageaient la même chambre. Néanmoins, il y avait une différence entre parler et communiquer, et tous deux ne communiquaient plus, l’aîné des Jeckyll évitant avec le plus grand soin toutes les tentatives de réconciliation du jeune Lord, au grand dam de celui-ci.

« Hum..? Pas exactement »

Hormis les remarques acerbes qu’Eliott se plaisaient à lui sortir, et la brève phrase qu’il lui avait dite à la réunion théâtre, on ne pouvait dire que tous deux avaient retrouvé la relation qu’ils avaient autrefois.
Il me déteste lui aussi
aurait été sa réponse si il ne s’était pas douté que la donner à Cicely aurait été lâcher lui-même le couperet qui lui trancherait la gorge.
D’autant plus qu’il n’était pas parvenu à rétablir les contacts entre les deux Jeckyll, comme Cicely le lui avait demandé. Il ne servait décidemment à rien.

Il voulu reprendre la main de la jeune femme, avec une aisance peut-être inhabituelle, chez lui, qui contrastait d’ailleurs avec l’air toujours sombre de son visage, mais lorsqu’il sentit les doigts glacés de la jeune femme dans sa paume, tous ses réflexes de gentleman viennent l’assaillir avec un nouveau cocktail de culpabilité.

« Mais tu es gelée! »

Immédiatement, l’idée de lui donner son manteau lui vint. Il allait pour s’en débarrasser mais songea qu’il serait beaucoup trop lourd, sans doute, pour les frêles épaules de Cicely. Il lui remit son écharpe autour d’un coup d’un geste autoritaire à la limite des mouvements qu’aurait eu une mère affolée pour sa progéniture, et se mit à lui frictionner les mains fébrilement.

« Je suis impardonnable, par ma faute tu vas peut-être tomber malade »

Comment voulait-il qu’elle tombe amoureuse de lui si il était si peu cavalier?

« Viens, nous n’avons qu’à entrer dans cette taverne, tu boiras quelque chose de chaud et je te donnerais la veste de mon uniforme » dit-il au bout de quelques secondes, en désignant le Irish Dictionnary qui se dressait à quelques mètres d’eux. A l’intérieur, l’agitation était au rendez-vous, à croire que tout Holyhead s’y était rassemblé.

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MessageSujet: Re: Ce qui s'éternise   Dim 1 Juin - 22:33

Si ça se trouve, Johannes était en réalité un psychopathe en sommeil qui n’attendait qu’un choc émotionnel pour se réveiller. Il allait la tuer et faire disparaître son corps dans les eaux du port, et on la retrouverait quelques semaines plus tard, méconnaissable. Pour toujours il resterait le petit ange timide et personne jamais n’apprendrait l’atroce vérité. C’était bien l’unique pensée cohérente qu’elle parvenait à avoir, étant donné le silence plus que pesant. Il était en train de ruminer les pensées les plus douloureuses qui soient, ça se sentait. Et le pire, c’est qu’elle en était l’unique responsable. Bon d’accord, peut-être pas unique, mais elle avait plus ou moins provoqué l’humeur morose de son compagnon. Enfin, de Johannes, pourquoi je dis compagnon. Pourquoi avait-elle pensé compagnon. Elle croisa les bras, conservant ainsi plus de chaleur, et ne chercha pas à l’extirper de ses réflexions intérieures. Elle pouvait au moins faire ça pour lui, le laisser tranquille. Peut-être d’ailleurs aurait-elle dû partir tout de suite, pour le laisser définitivement en paix. Mais subsistait une question qu’elle mourrait d’envie de poser, et qui balaya ses bonnes résolutions.

La réponse ne fut donnée qu’après mûre réflexion, évasive pourtant. Elle confirmait pourtant les craintes de la cadette, puisqu’à voir l’expression de Johannes, ce n’était pas un sujet qui lui était particulièrement agréable. Parler de craintes serait un tantinet exagéré, disons plutôt soupçons. Mine de rien, elle connaissait assez Eliott pour savoir que quelques soient ses griefs, il se vengerait en premier sur l’innocent Johannes (ça fait trop gros dragon psychopathe vs pauvre chevalier sans armes de dire ça). Elle hésitait à continuer à le questionner, d’autant plus qu’il ne semblait pas vraiment vouloir entamer une conversation. C’était compréhensible. Elle décidait donc de mettre sa curiosité de côté. Voulant glisser les mains dans ses poches, l’une d’elle se fit sournoisement capturée. Guère surprise pourtant, la petite Jeckyll se laissa faire. Se produisit alors la scène la plus ridicule qui soit, quelque soit le rôle que l’on puisse y occuper. Nous avions d’un côté Johannes qui paniquait, à mi-chemin entre la maman angoissée et la vierge effarouchée, et de l’autre Cicely qui, bien que personne ne soit là, ne savait plus où se mettre. Elle tenta de le calmer, mais ses tentatives furent étouffées dans l’œuf par une écharpe qui vint se autour de son cou. Une écharpe qui l’étranglait, pour tout avouer. Elle tira sur le tissu avec une grimace pour pouvoir prendre une bouffée d’oxygène, tandis que Johannes se confondait en excuses.

_ Mais non je ne serai pas malade.

Fut tout ce qu’elle parvint à articuler entre deux répliques angoissées du Lord. Il était en train de péter une durite, en direct live. Elle prévoyait l’explosion nerveuse dans moins de dix secondes… Ah ben voilà, la crise d’hystérie. Pure et simple. Il essayait de frictionner la moindre parcelle de peau qui avait été sacrifiée aux vents mauvais, aussi fébrile qu’à son habitude. Et c’est d’ailleurs ça qui lui mit la puce à l’oreille. Elle le laissait lui frictionner les mains avec une énergie qui masquait péniblement sa crise de nerfs, et l’évidence la frappa de plein fouet. Comment est-ce qu’elle avait pu passer à côté d’un truc aussi énorme. Comment avait-elle fait pour ne pas s’en apercevoir… quand elle l’avait embrassé, quand il lui avait pris la main, et à toutes ses autres occasions où ils avaient eu le moindre contact. Il avait à chaque fois montré une telle surprise que s’en était comique, et pourtant elle ne s’était douté de rien. Dans la grotte (ou caverne, ou trou dans la pierre, ou le nom que vous voudrez), il s’était passé des choses qui auraient dû faire disparaître toute forme de malaise quant aux divers contacts qu’ils auraient eut par la suite. Pour elle, c’était une évidence. Pas pour lui. Parce qu’il ne se souvenait de rien. Elle le regardait, et comprenait petit à petit qu’il avait certes été avec elle dans les écuries, dans la chambre, à Liverpool, mais pas dans la forêt. Une telle assurance… ce n’était pas naturel. Aucun souvenir.

Ils se dirigeaient déjà vers l’Irish Dictionnary, et elle ne prononçait pas un mot. Une fois à l’intérieur, ils commandèrent un thé (pur, évidemment) et un chocolat chaud, puis s’installèrent. Les clients étaient nombreux, joyeux, mais pas si bruyants que ça. Assis dans un coin, ils attendaient leurs commandes, et Cicely put retirer l’écharpe qui avait su réchauffer son cou en quelques secondes, son manteau humide également.

_ Johannes…

Le serveur leur apporta leurs commandes et elle s’arrêta, attendant simplement qu’il s’en aille. Une fois ceci fait, elle s’éclaircit la gorge et tenta de trouver la formule la plus appropriée. Ses mains, plaquées contre la surface de la tasse brûlante, se réchauffaient lentement, et la vapeur lui chatouillait le menton.

_ Johannes s’il te plait, raconte-moi ce dont tu te souviens. Tu sais, du jour où on s’est rencontré. Tout ce qui te revient en mémoire.

Elle était diablement sérieuse, et pour une fois sans arrière pensée.
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MessageSujet: Re: Ce qui s'éternise   Mar 3 Juin - 0:07


Un gentleman se doit toujours de vérifier que toute personne de son entourage ne manque de rien, et, si besoin est, de s’arranger pour que le confort d’autrui soit toujours égal ou supérieur au sien.

La règle numéro 394, à laquelle il avait manquée. Il était si égoïstement préoccupé par ses propres questionnements existentiels qu’il en avait oublié de s’enquérir du confort de la personne pour laquelle il aurait été près à se battre en duel, à se couper les cheveux, et même à se mettre à parler dans ce langage vernaculaire commun à la plupart des personnes de leur age. Confus, il en avait retrouvé son habituelle agitation fébrile, celle qu’il avait sans cesse lorsque Cicely était dans les parages. Mais pour une fois, cela n’empêchait pas le jeune homme de se dire qu’elle pourrait encore trouver à redire de son comportement, puisque malgré tous ses efforts, il était terriblement maladroit, et ne cessait de faire des erreurs. Sa peur la plus grande concernant la jeune femme, et mis à part le fait qu’elle se mette à le détester autant qu’Eliott le détestait, serait qu’elle succombe au charme d’un autre individu, qui serait parvenu à trouver la clé de son cœur sans même faire le moindre effort. Vous savez, le genre d’individu qui parlait d’une manière argotique et qui maîtrisait si peu la prose qu’il pouvait sans rougir déclamer des phrases telles que « Tu as appuyé sur le bouton reset de mon coeur », sans que personne ne sache de quoi il voulait parler, à l’exception de lui-même, et qui pourtant exerçait chez la gente féminine un étrange pouvoir d’attraction.
Oui, le jeune homme avait en tête un exemple, (votre perspicacité vous perdra, lecteur) : son cousin Cyril, sosie terrifiant de son autre cousin, Alistair, ce qui était normal, puisqu’ils étaient jumeaux. Mais pourtant, alors que l’un se consacrait à la mécanique (destruction automatique de tout appareil électronique lui tombant sur la main), le second parvenait visiblement à charmer les étudiantes du lycée pour filles se trouvant à quelques lieux du manoir.
Chaque semaine, c’était un défilé étonnant de créatures écervelées qui paraissaient voir en son cousin autre chose que l’être égoïste, cupide et dénué de tout sens pratique qu’était réellement Cyril, dont l’expression favorite était « ça n’est pas le thé que je n’aime pas, c’est l’eau », phrase qu’il sortait à chaque fanatique différente qu’il ramenait dans la demeure tel le loup avec son frêle agneau, et ce, avec un ricanement significatif en direction de Johannes à chaque fois qu’il était dans les parages, et d’une remarque à son intention destinée à montrer à quel point ce dernier était terriblement vieux jeu.
Tout ça pour montrer à quel point Johannes craignait que Cicely ne se pâme devant les individus de cette espèce, à laquelle il était loin d’appartenir.

Ils entrèrent donc dans la taverne, au décor des moins distingués. Johannes avait gardé prisonnière dans la sienne la main de Cicely (qu’il était parvenue à réchauffer légèrement), et ce, jusqu’à ce qu’ils aillent s’asseoir à une table de bois. Une femme qui avait l’air tout à fait gentille avait prit leur commande, et tandis qu’il se débarrassait de son manteau, il avait à nouveau plongé dans sa morosité, cette dernière l’obligeant à ressasser l’idée terrifiante qu’il n’était pas assez bien pour Cicely.
Mais qui au monde pouvait l’être? Elle était si merveilleuse! Son état d’esprit l’avait momentanément quitté alors qu’il s’occupait de lui redonner un peu de chaleur humaine, (d’une manière très peu cavalière il était vrai, mais aux grands mots les grands remèdes, il s’en voudrait terriblement si elle tombait malade par sa faute), mais à présent qu’elle se trouvait en face de lui, son visage si parfait regardant distraitement la salle, il resongeait aux dures paroles qu’elle lui avait dit dans le muséum. Il baissa les yeux sur la table, son expression grave ayant à nouveau fait son apparition, lorsque qu’elle l’interpella d’un ton qui fit bondir le pauvre cœur du lord dans sa poitrine.
Mais alors qu’elle allait parler, le serveur arriva avec leur commande, qu’il posa sur la table avec une lenteur exaspérante. Enfin, lorsqu’il tourna les talons, Cicely lui posa une question sur un ton qui ne manqua pas de le faire rougir jusqu’aux oreilles.
Pour deux raisons : la question, tout d’abord. Elle avait déjà été posée à plusieurs reprises par la jeune femme, mais à chaque fois il s’était passé quelque chose qui avait empêché le jeune homme d’y répondre. C’était un sujet extrêmement embarrassant, et en y réfléchissant bien, (et dieu savait à quel point Johannes y avait réfléchi), il n’était pas tout à fait sûr que Cicely ne veuille plus ne serait-ce que poser les yeux sur lui après avoir entendu sa version des faits.
Ensuite, sur le ton qu’avait employé la jeune femme. Plus que jamais l’adoration que Johannes lui vouait se fit sentir.

Il s’était lui aussi demandé à de nombreuses reprises ce qui avait bien pu arriver durant l’intervalle « forêt-sortie de forêt », mais avait supposé que rien de remarquable sinon peut-être une chute, compte tenu de l’état de ses vêtements et les nombreuses égratignures qu‘il avait eues(et encore, car souvenons nous de la ruade du pur-sang).

« Ai-je fais ce jour là quelque chose qui t’aurais offensée? Tu sais… »

Mais le regard de la jeune femme, plus sérieux qu’il ne l’avait jamais été, le coupa. Cicely avait l’air véritablement intéressé par ce qu’il avait à lui dire, n’affichant pas cet air agacé qu’elle avait habituellement. Elle l’avait prié de dire la vérité. Après tout, il se devait sans doute de donner une réponse franche à Cicely.

« Tu… vas sans doute m’exécrer encore plus, Cicely, mais malgré tout, je dois avouer que si ce jour fut sans doute l’un des plus importants de ma vie, je ne peux guère me souvenir de tous les détails »

Il avait attrapé sa tasse de thé et regardait les feuilles de menthe qui s’y étaient égarées, n’osant poser les yeux sur elle. Il se sentait tellement honteux de ne pas être capable de se souvenir entièrement du jour de leur rencontre… voilà encore un malus qu’il avait à ajouter dans la longue liste qui faisaient que Cicely ne l’aimait pas. N’ayant pas la moindre idée de ce qui avait pu se passer, ce jour là, mais se souvenant assez clairement du moment précis où il s’était retrouvé à quelques centimètres de la jeune femme, le visage si proche du sien qu’il en ressentait encore une gêne énorme, il espérait encore qu’il n’avait rien fait de grave, et que si c’était le cas, elle était d’une bonté étonnante de lui adresser encore la parole.

« Il m’arrive parfois de… D’agir étrangement, tu sais. Enfin plus exactement maintenant, mais je… Enfin, si j’ai fait quelque chose ce jour là de désobligeant… je m’en excuse, Cicely »

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